Abidjan, capitale de la dynamique économique africaine
Il est 8h ce lundi 12 mai, et le majestueux Sofitel Hôtel Ivoire bruisse déjà comme une ruche en pleine pollinisation. Aux abords du lagon Ébrié, la capitale économique ivoirienne se mue en carrefour du capital, des idées et des ambitions. La 13e édition du Africa CEO Forum s’ouvre dans une ambiance d’énergie contenue, à la croisée des incertitudes mondiales et des résiliences africaines. Plus de 2 000 participants, 73 pays représentés, des dizaines de panels, d’innombrables rencontres bilatérales et une conviction partagée : l’Afrique peut et doit passer de la périphérie au centre de la carte économique mondiale.
Une ouverture présidentielle : leadership assumé, volontarisme affiché
Sur la grande scène du forum, la symbolique est forte. Trois chefs d’État africains incarnant des trajectoires distinctes mais convergentes.
Le Président Alassane Ouattara, doyen des réformes structurelles, rappelle l’ancrage du forum : « C’est ici, en Côte d’Ivoire, que le secteur privé est
devenu le moteur de notre croissance. À présent, à l’échelle du continent, il nous faut accélérer la transformation des matières premières et donner vie
à la Zone de libre-échange continentale africaine. »
À ses côtés, Paul Kagame, stratège inflexible du Rwanda, et Cyril Ramaphosa, industriel devenu président, insistent sur la nécessité d’une
souveraineté économique assumée, d’une gouvernance publique agile, et surtout d’un partenariat actif avec le secteur privé. L’Afrique, disent-ils, n’a
plus le luxe d’attendre. Le temps est venu d’un « New Deal », à l’africaine.
Le “New Deal” public–privé : du discours à l’action
Le thème de cette édition résonne comme un appel : repenser le contrat social et économique entre les gouvernants et les entrepreneurs. Dans les couloirs,
les ateliers, les espaces de networking, le ton est donné : sortir des silos, briser les barrières bureaucratiques, miser sur l’intelligence collective
pour bâtir une Afrique qui produit, qui connecte, qui distribue.
Panels phares : la fiscalité au service de l’investissement, les infrastructures comme levier de compétitivité, ou encore les politiques
industrielles audacieuses. Des modèles sont invoqués : le port de Tanger Med, la stratégie énergétique du Ghana, ou encore la vision numérique du Kenya.
Technologie et souveraineté numérique : la révolution silencieuse
Un autre mot-clé hante les discussions : l’intelligence artificielle. Du Nigeria au Sénégal, du Maroc à l’Afrique du Sud, les pionniers du digital poussent les gouvernements à instaurer des régulations intelligentes, former massivement les talents numériques, et surtout, protéger les données africaines comme on protégerait une ressource stratégique. Un cloud africain souverain, une cybersécurité continentale, une armée d’ingénieurs IA : telles sont les ambitions formulées sans détour.
Business et diplomatie économique : Abidjan, terre d’opportunités
Dans les salles “Invest in”, c’est un autre ballet qui se joue. Ministres ivoiriens en première ligne, investisseurs aguerris, start-up ambitieuses,
institutions financières internationales : tout le monde est en quête d’alliances nouvelles.
Un participant confie : « On sent qu’Abidjan n’est plus seulement une vitrine, mais une plateforme réelle de deals, une capitale de l’action économique africaine.»
Le ministère du Commerce s’active avec les filières agricoles, celui des Mines séduit avec son code attractif, l’Économie propose des allègements ciblés… La Côte d’Ivoire,
plus que jamais, se veut un hub de confiance.
Une vision continentale : de la fragmentation à l’intégration
Makhtar Diop (IFC), Jérôme Hénique (Orange MEA), Aig-Imoukhuede, Jean Mahama, Amir Ben Yahmed (fondateur du Forum) et d’autres figures du secteur privé réitèrent une évidence :
l’Afrique ne peut plus se contenter d’être un marché de consommateurs. Elle doit devenir un acteur de la chaîne de valeur globale. Cela signifie produire localement, exporter
avec valeur ajoutée, investir dans l’innovation et défendre des normes “Made in Africa”.
Le ton est combatif, mais lucide. Il ne s’agit pas de rêver l’Afrique, mais de la construire dans les faits.
Épilogue : l’Afrique écrit désormais son histoire économique
Comme un passage de témoin, Abidjan 2025 marque une étape d’émancipation stratégique. Le Forum n’est plus un simple lieu de rencontre ; il devient un centre de commandement
intellectuel, économique et politique.
Le récit change : de l’Afrique du besoin à l’Afrique de la solution.
D’une logique d’aide à une logique de puissance.
D’une économie extractive à une économie créative.
Le “New Deal” est lancé. Non pas une copie du passé, mais une matrice africaine de coopération et de transformation. À condition que les paroles entendues à Abidjan soient demain
traduites en actes dans les capitales du continent.
L’histoire ne demande qu’à être écrite. L’Afrique a pris la plume.