Le Sénégal, nouveau producteur d'hydrocarbures : Démarrage de la production de pétrole au champ Sangomar Le 11 juin, la compagnie australienne Woodside Energy a annoncé l'extraction du premier baril de pétrole du champ Sangomar, marquant ainsi le début de la production pétrolière du Sénégal. Situé en eaux profondes à environ 100 km au sud de Dakar, le champ Sangomar contient à la fois du pétrole et du gaz. Les travaux de développement ont commencé en 2020 et la première phase du projet comprend 23 puits, dont onze de production. Le coût de cette phase est estimé entre 4,9 et 5,2 milliards de dollars et vise une production de 100 000 barils par jour.

Meg O’Neill, PDG de Woodside, a déclaré : « C’est un jour historique pour le Sénégal et pour Woodside. Le premier baril du champ Sangomar est une étape clé qui témoigne de la concrétisation de notre stratégie. Le projet Sangomar devrait générer de la valeur pour les actionnaires conformément aux termes du contrat de Recherche et de Partage de production. » Le directeur général de la société pétrolière du Sénégal (Petrosen), détentrice de 18 % du projet, a ajouté : « Le démarrage de la production de pétrole de Sangomar marque une nouvelle ère pour l’industrie, l’économie de notre pays et pour les populations.»

Démarrage de la production de pétrole au champ Sangomar

L'unité flottante de production, de stockage et de déchargement (FPSO) du projet, baptisée « Léopold Sédar Senghor », est positionnée dans les eaux sénégalaises. Cette unité est reliée à des infrastructures sous-marines conçues pour des phases ultérieures de développement. Les phases 2 et 3 du projet Sangomar prévoient également la production de gaz naturel liquéfié, qui devrait atteindre 10 millions de tonnes par an.
Parallèlement, un autre projet énergétique majeur pour le pays est le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), situé à la frontière avec la Mauritanie. Développé par British Petroleum et Kosmos Energy, ce projet devrait produire environ 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an, avec un démarrage prévu avant la fin de l'année.

Bien que la production de pétrole et de gaz au Sénégal soit destinée à l'exportation et à la consommation domestique, elle ne rivalisera pas avec les niveaux des grands producteurs mondiaux comme le Nigeria. Néanmoins, des revenus en milliards de dollars sont attendus, et une transformation accélérée de l'économie est prévue. La croissance économique du Sénégal est anticipée à 8,8 % pour 2024, en grande partie grâce aux revenus issus des hydrocarbures.

Le directeur général de Petrosen exploration et production, Thierno Ly, a souligné l'importance de cette avancée : « Le début de l'extraction du champ de Sangomar marque le commencement d’une nouvelle ère, non seulement pour l’industrie et l’économie de notre pays, mais surtout pour notre peuple.»
La découverte de vastes gisements de pétrole et de gaz dans l'Atlantique depuis 2014 a suscité de grands espoirs pour ce pays en développement. Petrosen estime les revenus annuels moyens issus du gaz et du pétrole à plus d'un milliard d'euros sur une période de trente ans. Ces ressources permettront au Sénégal de revendiquer avec force l'exploitation de ses richesses naturelles, malgré les efforts de la communauté internationale pour réduire la dépendance aux énergies fossiles.

La production de gaz et de pétrole, qui a été plusieurs fois reportée, a également été un thème majeur de la récente campagne présidentielle. Le nouveau président Bassirou Diomaye Faye, candidat antisystème prônant un souverainisme et un panafricanisme de gauche, a promis de revoir ou de renégocier les accords pétroliers et gaziers jugés défavorables au Sénégal par l'ancienne administration.

En SOMME le démarrage de la production de pétrole au champ Sangomar est plus qu'une simple réussite industrielle; c'est une transformation potentielle pour le Sénégal. Cela représente une chance de moderniser l'économie, d'améliorer le bien-être des citoyens et de positionner le pays comme un acteur majeur sur la scène énergétique mondiale. Cependant, la réussite de cette transformation dépendra de la capacité du Sénégal à gérer efficacement ses nouvelles richesses et à naviguer les défis complexes du secteur des hydrocarbures.

L'éveil du Sénégal : un avenir pétrolier et gazier à construire
Le Sénégal a officiellement rejoint le cercle des pays producteurs d'hydrocarbures avec l'extraction récente de pétrole du champ de Sangomar, au large de Dakar. Dans quelques mois, en coopération avec la Mauritanie, le pays commencera l’exploitation d’un gigantesque champ gazier en mer. Quels seront les impacts sur l’économie sénégalaise et comment le gouvernement doit-il gérer les recettes tirées des hydrocarbures ? Samba Felix, directeur de recherche pour le think tank C54, nous éclaire sur ce tournant historique.

L'exploitation du champ de Sangomar, situé à environ 130 kilomètres de Dakar, est un événement majeur pour le Sénégal et l'ensemble du continent africain. Avec une production prévue de 100 000 barils de pétrole par jour, ce projet, bien qu'inférieur aux géants mondiaux comme le Nigeria ou l'Arabie Saoudite, marque l'entrée du Sénégal dans le club des producteurs d'hydrocarbures. Ce développement change fondamentalement la perception du potentiel énergétique et économique du pays.

Mais Sangomar n'est qu'une première étape. Selon Samba Felix, le Sénégal a un avenir pétrolier prometteur, mais surtout un avenir gazier exceptionnel. Le pays partage un grand gisement offshore avec la Mauritanie, dont l'exploitation devrait débuter prochainement. Ce gaz sera principalement destiné à l’exportation, avec des projets ambitieux comme un gazoduc vers l'Europe, via le Maroc. Dans le contexte actuel de la guerre en Ukraine et de la recherche européenne de nouvelles sources de gaz, le Sénégal pourrait devenir un acteur stratégique sur ce marché.

Les retombées économiques de l’exploitation de ces gisements sont significatives. Le Sénégal peut s’attendre à une rente annuelle d’un milliard d’euros sur trente ans pour le gisement pétrolier, ce qui représente une transformation des capacités de l’État.

Bien que ce ne soit pas une révolution totale de l’économie sénégalaise, ces revenus supplémentaires auront un impact réel, en particulier avec la mise en exploitation des champs gaziers dans les mois à venir. Le Sénégal, avec son économie diversifiée, ne dépendra pas uniquement des hydrocarbures, ce qui peut aider à éviter la "malédiction du pétrole" qui a touché d'autres pays riches en ressources naturelles.

Pour gérer efficacement cette manne pétrolière et gazière, le Sénégal doit tirer des leçons des expériences internationales. La Norvège, par exemple, a utilisé ses revenus pétroliers de manière vertueuse en les investissant dans un fonds souverain pour les générations futures. Pour un pays en développement comme le Sénégal, l’objectif doit être d'utiliser ces ressources pour développer les infrastructures, améliorer les services publics, et élever le niveau de vie de la population.

L’enjeu est également de constituer un véritable secteur national pour l’exploitation des hydrocarbures. Le Sénégal doit investir dans la formation de ses ingénieurs et ouvriers qualifiés, développer des entreprises nationales capables d'extraire et de vendre ces ressources, et ainsi réduire sa dépendance vis-à-vis des compagnies étrangères. Cette montée en compétences aura des retombées positives sur l’économie sénégalaise et le niveau de vie des populations. L’ancien pouvoir, sous Macky Sall, avait conscience de cette nécessité et a créé l’Institut national du pétrole pour former des spécialistes locaux.

Cependant, le nouveau gouvernement dirigé par Bassirou Diomaye Faye entend renégocier les contrats gaziers et pétroliers avec les grands acteurs du secteur. Cette démarche, bien qu'animée par une logique souverainiste, sera difficile à réaliser juridiquement, surtout si les compagnies étrangères, ayant déjà investi des milliards de dollars, font appel à un arbitrage international. La véritable indépendance énergétique du Sénégal passera par l’émergence d’acteurs nationaux compétents capables de remplacer progressivement ces grandes entreprises étrangères.

En conclusion, le démarrage de la production de pétrole et de gaz au Sénégal est une opportunité historique pour le pays. Le gouvernement doit gérer prudemment ces nouvelles ressources pour éviter les écueils connus d'autres nations et assurer que les bénéfices profitent à toute la population. Par une gestion transparente, des investissements judicieux et une montée en compétences nationales, le Sénégal peut non seulement transformer son économie mais aussi renforcer sa souveraineté énergétique et son rôle stratégique sur la scène internationale