Le continent africain fait ainsi face à une bataille médiatique féroce menée par les puissances extérieures, sur ses écrans télés, ses ondes radios, dans les colonnes des journaux et bien évidemment sur les réseaux sociaux ou les différentes plateformes numériques.

Cela ne se fait pas en faveur du continent. En effet, sur l'espace médiatique africain se jouent les rivalités entre les différentes puissances. « Financés le plus souvent par des fonds publics, les médias jouent un rôle de premier plan dans les stratégies dites de soft power et son devenus des supports politiques d'influence des Etats tout au long du XXe siècle ainsi qu'un enjeu de séduction sur la scène internationale.

Depuis les années 2000, cette tendance s'est renforcée dans le but de rendre visible une position de puissance acquise ou en devenir », indique le politiste Philippe Boulanger, cité par l'Essayiste André-Michel Essou- ngou.

Cet ancien correspondant de la RFI et de la BBC en Amérique du Nord, a publié en 2022 un article très dense et intitulé : « guerre d'influence sur les écrans africains ». Cela dit, il s'agit pour les différentes puissances, de servir et de vendre aux Africains leurs intérêts politiques et économiques. « S'il s'agit pour un pays de s'autopromouvoir, le but peut également être d'affaiblir un compétiteur en le dénigrant de manière plus ou moins détournée », affirme André Michel Essoungou. La population africaine visée et ciblée, se retrouve ainsi dans une posture où elle est appelée à adopter la vision et le regard de ceux qui lui diffusent l'information.

Ce phénomène en cours depuis les années 1970, n'est pas nouveau mais sa survivance et sa nocivité devrait interpeller plus d'un dans une Afrique en constante mutation. La mauvaise représentation de l'Afrique dans les médias occidentaux n'est ni un phénomène nouveau, ni un phénomène exceptionnel. Car tout cela n'est pas sans conséquence. Selon de nombreux experts, l'image que propagent les médias occidentaux de l'Afrique est d'autant plus préoccupante qu'elle influe négativement sur les efforts de développement du continent.

Réduite à consommer ce que lui sert les autres sur le plan médiatique avec des répercussions sur les différents secteurs, l'Afrique se voit racontée par des acteurs extérieurs sur ses propres réalités. Alors que Américains, Russes, Anglais, Français, Chinois, Turques, se battent pour imposer leurs contenus, du Cape au Caire, les Africains semblent se complaire dans un confort attentiste et observateur. Conséquence, et il ne faut pas s'étonner, le continent reste, en images rapportées, diffusées et racontées, la géographie des catastrophes humanitaires de toutes sortes, des calamités et des malheurs de ce monde.
Feu Pr Marie Soleil Frère l'a dit lors d'une rencontre à Ouagadougou :« il revient aux médias africains de donner l'image réelle du continent». Mais cela est-il possible sans une vision et volonté politique d'imag- iner et déployer en Afrique et dans le monde, un dispositif médiatique porteur des valeurs du continent ? Cela est-il possible si le dispositif médiatique africain va continuer à fonctionner sur les standards et les moules culturels des puissances qui se font la guerre sur le onti- nent ? La réponse est non !