Le 8 septembre 2025, la Côte d’Ivoire a officiellement exclu Tidjane Thiam, Laurent Bagbo, Charles Blé Goudé…de la liste des candidats à l’élection présidentielle d’octobre. Pour Tidjane Thiam ancien directeur général de Credit Suisse, ex-ministre, et désormais leader politique, il a vu ses ambitions politiques interrompues par une décision de justice fondée sur sa double nationalité, malgré sa renonciation à la nationalité française en février. Cette exclusion, survenue après une série de rebondissements juridiques, a provoqué une onde de choc non seulement dans le pays, mais sur l’ensemble du continent.

Une exclusion politique déguisée

Tidjane Thiam n’est pas un inconnu. Son parcours, tant en Afrique qu’à l’international, témoigne d’une réussite exceptionnelle. Son retour en politique, après une longue absence, avait suscité l’espoir d’un renouveau démocratique en Côte d’Ivoire. Cependant, sa disqualification soulève des questions sur l’équité du processus électoral et sur l’utilisation des lois pour éliminer des adversaires politiques. Le timing de cette décision, à quelques semaines du scrutin, laisse planer le doute sur sa légitimité et alimente un malaise démocratique plus large.

Un électorat en quête de repères

La réaction de la population ivoirienne a été immédiate, des manifestations ont témoignent d’un malaise profond au sein de la société, mais elles révèlent aussi un phénomène que l’on retrouve dans plusieurs pays africains : la jeunesse, confrontée à des élites politiques vieillissantes et souvent opaques, cherche un leadership crédible et une alternative réelle.

Le spectre d’une élection biaisée et le malaise continental

L’élection présidentielle d’octobre 2025 s’annonce comme un test décisif pour la démocratie ivoirienne. Mais le malaise ne se limite pas à la Côte d’Ivoire. Depuis 28 ans que j’analyse le continent africain, j’ai constaté que le dilemme entre héritage autoritaire et aspirations démocratiques, entre élites traditionnelles et nouvelles générations, se répète de Dakar à Nairobi, de Lagos à Kinshasa.

L’exclusion de Thiam symbolise ce défi récurrent en Afrique : comment bâtir des institutions solides tout en respectant l’alternance et les principes démocratiques pour ceux qui ont choisi ce modèle de gouvernance ? Comment concilier excellence, leadership et légitimité lorsque les règles sont instrumentalisées pour servir des intérêts de pouvoir plutôt que l’intérêt général ?

Une réflexion sur le continent

La situation ivoirienne invite à une lecture plus large. Au-delà des frontières, elle questionne la capacité de l’Afrique à préserver la démocratie, protéger les institutions et valoriser les talents qui peuvent réinventer le leadership africain. Elle rappelle que les crises de gouvernance ne sont pas seulement politiques : elles sont économiques, sociales et culturelles. Elles touchent à la confiance des populations envers l’État et envers le futur que ces États leur promettent.

Dans ce contexte, la trajectoire de Thiam — un Africain ayant réussi à l’international et souhaitant mettre son expérience au service de son pays — devient un symbole des potentiels africains contrariés par des logiques partisanes. Son exclusion est donc un signal d’alarme : l’Afrique doit apprendre à honorer et intégrer ses talents, sinon elle risque de répéter les mêmes schémas de blocage et de frustration générationnelle.

Appel à la vigilance démocratique

La démocratie ne se réduit pas à des élections, mais repose sur des principes fondamentaux : transparence, inclusion et respect des droits. La Côte d’Ivoire, comme beaucoup de pays africains, doit garantir que les processus électoraux servent réellement le peuple et non les ambitions personnelles. La communauté internationale, tout en respectant la souveraineté nationale, doit également suivre de près ces évolutions et soutenir les initiatives qui renforcent la démocratie et la légitimité des institutions.

Conclusion : au-delà du malaise, le potentiel africain

Tidjane Thiam représente plus qu’un enjeu politique ivoirien : il symbolise un défi continental. Dans une Afrique en mutation, où l’histoire récente nous enseigne que les crises de gouvernance freinent le développement, il est urgent d’apprendre à valoriser les talents, protéger la démocratie et construire des institutions solides.

Ce malaise ivoirien est un miroir : il reflète les tensions, les frustrations et les aspirations de tout un continent. Et il rappelle, plus que jamais, que la responsabilité des dirigeants africains est de transformer ces tensions en progrès, pour que l’Afrique devienne pleinement maîtresse de son destin.