La COP16 sur la biodiversité, qui s’est tenue à Cali, en Colombie, du 21 octobre au 1er novembre 2024, a révélé une fois de plus les fractures profondes qui divisent les nations du Nord et du Sud, particulièrement sur les questions de financement. Cet échec flagrant des négociations compromet les ambitions globales en matière de préservation de la biodiversité, laissant planer des incertitudes sur la mise en œuvre des engagements internationaux d’ici à 2030, fixés par l’accord-cadre de Kunming-Montréal de 2022.

Sous la présidence de la ministre de l’Environnement colombienne, Susana Muhamad, la COP16 a vu la participation de 196 pays et de 23 000 délégués, mais s’est achevée sur une suspension des débats, faute d'accord sur la structuration des fonds de financement pour soutenir les pays en développement. La volonté d’atteindre l’objectif des 200 milliards de dollars annuels pour la biodiversité reste hors de portée en raison d’une opposition farouche entre les pays du Nord, riches et historiquement responsables de nombreuses pertes de la biodiversité, et les nations du Sud, qui, bien que peu responsables du déclin écologique mondial, en subissent les impacts les plus sévères.

Les pays en développement, emmenés par des États africains comme l'Afrique du Sud et le Zimbabwe, mais aussi par le Brésil, ont plaidé pour la création d’un nouveau fonds afin de remplacer celui en place, dénonçant sa mauvaise gouvernance et son incapacité à fournir un soutien adéquat. Ils ont souligné que ce fonds doit être dirigé vers des projets concrets qui soutiennent le développement durable et la préservation de la biodiversité locale. Cependant, cette proposition a été rejetée par l’Union européenne, le Canada, le Japon et la Norvège, qui estiment que multiplier les fonds entraînerait des coûts élevés et une dispersion des ressources.

L'Afrique, au centre de la question de la biodiversité, continue de réclamer des engagements plus forts et mieux structurés. Huit gouvernements, dont la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont promis de verser 150 millions de dollars au Fonds-cadre mondial pour la biodiversité créé en 2022, mais cette contribution, bien qu’utile, reste bien en-deçà des besoins réels du continent africain. Le Fonds Cali, destiné à redistribuer les bénéfices issus de la numérisation des ressources génétiques exploitées par les industries agroalimentaires, cosmétiques et pharmaceutiques, représente une avancée, mais l’Afrique doit se montrer vigilante quant aux réelles retombées pour ses populations et son environnement.

Au-delà des sommes promises, c’est la vision d’une gouvernance équitable et orientée vers les peuples africains qui doit primer. Le continent africain, riche en biodiversité et en ressources naturelles, ne peut être réduit à un simple fournisseur de matières premières au profit des grandes entreprises des pays du Nord. La COP16 aura permis de donner aux peuples autochtones, souvent les premiers gardiens de la biodiversité, un organe de représentation permanent, mais l’Afrique doit s'assurer que les voix des peuples africains soient entendues et respectées.

En 2026, la COP17 en Arménie sera l’occasion pour le continent africain de réaffirmer son engagement, mais aussi de demander des comptes et des mesures concrètes. Une feuille de route, établie par des experts internationaux lors de cette COP, propose des orientations pour bâtir de nouveaux marchés respectueux de la nature. Cependant, il revient aux États africains de s'assurer que ces marchés soient véritablement inclusifs, avec des bénéfices tangibles pour les populations locales et les écosystèmes africains.En tant que continent émergent et porteur d’espoir pour la biodiversité mondiale, l’Afrique doit continuer à se mobiliser pour que les négociations internationales cessent de reléguer ses intérêts au second plan. Il est temps que les promesses des pays riches se transforment en engagements concrets et justes, car c’est en respectant la souveraineté des nations africaines et en soutenant leur développement écologique que le monde pourra espérer atteindre des objectifs ambitieux en matière de biodiversité.